FERME PEDAGOGIQUE DE DAUDE dans le CANTAL


Connaître les choses, c'est un bon début pour avoir envie de les préserver.

Bref historique…

Longtemps abordé avec réticence, en raison des textes qui le décrivaient de nature hostile, de pentes et d’abîmes effrayants, de chemins âpres et rocailleux, le Cantal a connu au cours des siècles une riche histoire marquée de nombreux événements.
L’histoire du Cantal est certes constamment liée, dans ses grandes lignes, aux évolutions générales. Cependant, le caractère montagnard du pays et sa situation en France lui confèrent quelques traits originaux :
⦁ le massif densément circulaire a en effet joué tantôt le rôle de butoir où sont venues se heurter des influences de tous les horizons, tantôt celui d’une zone d’éclatement.
⦁ d’un autre côté, sa position centrale lui a valu, étrangement, d’être une sorte de frontière à de longues querelles anciennes.
Le Cantal a été en grande partie, et ce, pendant longtemps, occupé par les glaciers. Aussi le massif n’est véritablement devenu accessible qu’après la dernière grande période de réchauffement, entre 13000 et 10000 ans avant Jésus Christ. Les premières traces de présence humaine se situeraient à l’âge de pierre.
La dénomination de « haute Auvergne » ou de « haut pays d’Auvergne » remonte au moyen âge, certainement en raison de son relief élevé et par conséquent de la rudesse de son climat. Ces facteurs géographiques et climatiques n’ont pas facilité son peuplement. Ce dernier s’est réellement développé à cette même période : passage d’une économie de prédation à une économie d’exploitation et de production.
L’étymologie du terme Cantal aurait une origine celtique (Cant : brillant). Elle proviendrait de l’arrivée probable de ces peuplades d’Europe Centrale venues sur ce territoire pour utiliser ses nombreuses richesses naturelles et non pour se sédentariser contrairement aux Romains qui colonisèrent progressivement le massif Cantalien, comme nous l’indiquent de nombreux vestiges sur la Planèze. A cette époque se sont développés les grands domaines agricoles et de nombreux villages avec le suffixe «ac» qui signifie «domaine de», encore présent aujourd’hui sur le département (39 communes sur les 260).
Dès le IX ème siècle, on voit se multiplier les petites seigneuries et naître les abbayes comme celles construites sous l’égide de Géraud d’Aurillac. Des villes se développent autour de ces pôles (monastères et châteaux) faisant office de zones de sécurité et favorisant ainsi la genèse d’une économie agricole en voie de prospérité autour de ces grands domaines.
A partir du XII ème siècle, le Cantal connaît une période faste et les villes acquièrent une certaine autonomie. Parallèlement se développe la vie intellectuelle et artistique véhiculée par les troubadours qui font apprécier la langue et la culture locale au niveau national.
L’indépendance des cités favorise le développement économique à travers les foires et les marchés par leurs échanges commerciaux (produits d’élevage). C’est pour quelques temps une période de paix revenue, de prospérité des villes, de développement des campagnes. Après cette période de bien-être économique, la haute Auvergne va être dominée par de nombreux conflits et ravages (la guerre de 100 ans, la grande peste) qui ruinent et dévastent les campagnes et les châteaux. Seules les grandes cités telles que St Flour et Aurillac résistent bien.
Au XV ème siècle, le calme revenu, bon nombre de châteaux, monuments et églises sont restaurés et de nouvelles infrastructures sont construites (collèges et hôtels particuliers).
Peu de temps après, les guerres se déchaînent à nouveau avec l’épisode sanglant des guerres de religions. En 1569, Aurillac, envahie par les protestants, est dévastée. Le redressement socio-économique s‘effectue très lentement. Sur ces territoires confrontés à la misère, aux disettes et aux épidémies, les hommes sont obligés de quitter leurs familles et campagnes pour partir sur les routes d’Espagne afin de gagner de l’argent.
Le Cantal entre dans le XVII ème siècle une fois de plus meurtri par ces luttes, plus de 60 paroisses ayant été ravagées et dépeuplées. Il connaît ensuite une longue période d’agitation nobiliaire, de misères paysannes et populaires, mais aussi de progressives mutations sociales.
Au XVIII ème siècle le Cantal est en plein essor tant au niveau économique que démographique. Les techniques agricoles et le réseau routier se développent. Malgré une précarité certaine, on trouve cependant le moyen, tout au long du siècle, d’aménager dans les villes, places et promenades. On peut, déjà à cette période, noter le désir de décorer et d’embellir le Cantal.
Suite à la Révolution Française, le département du Cantal est créé (1790) et augmenté de quelques paroisses prises sur la basse Auvergne. Aurillac devient le chef-lieu du département.
Dès le début du XIX ème siècle, apparaissent des migrations temporaires vers l’Espagne puis des migrations définitives vers Paris. Cependant, le département reste essentiellement paysan et rural avec une agriculture peu évoluée ( environ 85% de sa population). Il existe néanmoins une bourgeoisie de propriétaires, de commerçants, d’hommes de loi, de médecins, présente et bien implantée dans les villes.
Peu de temps après le développement des voies routières, l’arrivée du chemin de fer (1866) sort le département de son isolement physique et favorise l’essor du secteur industriel en stagnation et l’apparition du tourisme.
Au XX ème siècle, le département du Cantal, tout comme le pays, a dû faire face à de nouveaux événements historiques (les 2 guerres mondiales) mais ce dernier a su, comme lors des précédents conflits, surmonter les difficultés et relancer son économie qui demeure encore aujourd’hui à connotation principalement agricole.

Ferme pédagogique de Daudé - Cantal - Vaches
Ferme pédagogique de Daudé - Cantal - Fleurs
Ferme pédagogique de Daudé - Cantal - Tracteurs
Ferme pédagogique de Daudé - Cantal - Tracteurs
Ferme pédagogique de Daudé - Cantal - Rocher
Ferme pédagogique de Daudé - Cantal - Veau Salers
Ferme pédagogique de Daudé - Cantal - Près
Ferme pédagogique de Daudé - Cantal - Vache Salers
UN PEU DE CULTURE

Le Cantalien, paraît-il, « ne se soigne qu’après sa vache », tant il est avare. On dit aussi qu’il a un certain goût pour la « chicane »; rien de tel qu’un procès pour pimenter l’existence! On parle enfin de son penchant pour l’ivrognerie...bref, à en croire toutes ces histoires, le Cantalien n’a pas une étiquette particulièrement valorisante...cliché ou réalité?

L’habitat :
Les maisons étaient adaptées aux contraintes naturelles et économiques. En haute altitude, l’habitat était « trapu », ramassé sur lui-même, avec une toiture à la pente forte, des murs très épais et des ouvertures étroites.
En général, les matériaux utilisés étaient la pierre, le bois des environs, la paille et la terre. Au siècle dernier, les lauzes ont remplacé les toits de chaume.
Trois types d’habitat sont représentatifs du Cantal. Tout d’abord, la maison « bloc à terre » où l’habitation est alignée avec la partie occupée par les animaux et le foin. Le paysan pouvait rejoindre directement l’étable pavée située au rez-de-chaussée sans passer par l’extérieur. L’habitation était plus réduite en taille que la grange, elle était seulement éclairée par le fenestron de l’aiguiera. Une pièce commune occupait la quasi-totalité de l’espace avec une grande cheminée appelée canton (cantou). La plupart du temps, toute la famille dormait dans cette même pièce dans des alcôves, sortes de lits clos protégés du regard par un rideau. Un renfoncement gagné dans l’épaisseur de la bâtisse nommé la souillarde (solharda) servait aux femmes pour faire la vaisselle.
On trouve cette même composition de l’intérieur dans les deux autres types d’habitat. Tout d’abord, la maison « bloc en hauteur ». L’étable, plus petite, se trouvait au rez-de-chaussée. Le premier étage servait d’habitation.
Enfin, il existe la ferme à « ensembles séparés » où la grange et la maison étaient indépendantes. Les dépendances se sont aujourd’hui multipliées, des hangars pour le matériel, de nouvelles étables...

Le patrimoine bâti :
Nous pouvons encore aujourd’hui admirer dans nos villages et montagnes certaines traces du patrimoine Cantalien. Le four était très important dans la vie quotidienne des paysans, il était d’usage individuel ou collectif. Le pain n’était pas cuit tous les jours mais environ toutes les quinzaines.
Le travail à ferrer était implanté sur un terrain de la commune et était utilisé pour ferrer les bœufs, vaches et très occasionnellement les équidés.
Les fontaines, les abreuvoirs et les puits servaient aux bêtes et à donner de l’eau potable à la population. Les femmes allaient généralement à la rivière pour faire la lessive mais par la suite, des lavoirs ont été construits au cœur des villages près des points d’eau.
Par contre, nous ne trouvons aujourd’hui qu’un seul moulin à vent restauré dans la commune de Celoux en Margeride. La plupart du temps, il s’agissait de moulins à eau situés sur les rivières appartenant aux familles ou à un meunier.

Enfin, le buron est la construction la plus imposante du petit patrimoine bâti. Il était occupé de mai à septembre par les vachers. Il aurait pu s’appeler « ferme-fromagerie d’estive ». Les hommes travaillaient et vivaient dans la pièce principale. L’équipe masculine était composée d’un vacher qui faisait le fromage, d’un boutillier qui aidait le vacher, et d’un ou plusieurs pastres (bergers). Le mobilier était très réduit, des gerles, des seaux, des barattes et autres récipients nécessaires à la fabrication du fromage occupaient essentiellement la pièce. Une cave voûtée servait à l’affinage et au stockage des fourmes. Un védélat, souvent indépendant, accueillait les veaux la nuit; il s’est modifié ensuite en devenant la chambre pour les hommes.

Le mobilier cantalien :
Il était caractérisé par sa robustesse, sa massivité et sa simplicité puisées dans des lignes harmonieuses. Les bois les plus utilisés étaient le chêne et le noyer, mais le frêne, le châtaignier ou le merisier servaient également. Les meubles les plus représentatifs du Cantal se trouvaient dans les maisons les plus humbles. Les exemples de ce mobilier rustique sont nombreux (tables, sièges, coffres, buffets, horloges...).
La table avait quatre pieds supportant un lourd plateau de chêne rectangulaire, avec deux tiroirs à chaque extrémité, l’un servant à conserver le pain et le second d’assise aux jeunes enfants pour manger tranquillement. Les adultes s’asseyaient sur des bancs.
Le siège coffre, placé dans le canton, servait de siège et de coffre à sel. Placé près de la chaleur, le sel se conservait mieux. C’était également l’endroit préféré de l’aïeul.
Enfin, les lits, placés face aux fenêtres de la salle commune, étaient des lits mi-clos, appelés lits alcôves. Ils étaient alignés derrière une façade de bois et ne possédaient qu’un accès. Ils n’étaient ni longs, ni larges, protégés par un simple rideau ; on y dormait presque assis sur des paillasses remplies de feuilles sèches ou de paille, recouvertes de draps de chanvre.
Ainsi le patrimoine du Cantalien restait simple et rustique, on fabriquait un maximum d’objets soi-même et on faisait avec ce que l’on trouvait. Dans la vie de tous les jours aussi, le Cantalien savait se débrouiller.

Le costume :
Pour les enfants, il existait la rauba, une robe de drap sombre, mixte, que les enfants portaient jusqu’à l’âge de quatre ans. Dès quatre ans, les garçons portaient un pantalon court, qui s’allongeait au fil des années. Les filles gardaient la robe, complétée par un tablier (un davantal). Tous chaussaient des sabots que l’on remplissait de paille, l’hiver venu. Dans les familles plus aisées, le dimanche, les filles avaient un châle pour aller à la messe, ainsi qu’une coiffe.
Les vêtements des hommes restaient simples, ils étaient confectionnés dans des tissus grossiers à la texture robuste, le chanvre et la laine étaient aussi utilisés. La tenue classique se composait d’une chemise de chanvre, d’une veste de drap, d’un pantalon en velours avec des bretelles, d’une large bande de flanelle entourant la taille et d’un tricot de laine. Pour aller à la foire, le Cantalien enfilait une grande blouse. Le flambard complétait sa tenue, un chapeau de feutre aux larges bords, protégeant du soleil comme de la pluie. Le dimanche, le gilet laissait place au tricot et si la famille était aisée, les souliers remplaçaient les sabots. Pour se protéger des intempéries, le berger, quant à lui, utilisait une grande cape, le saïle. Enfin, pour traire, le pâtre portait un tablier ciré, le devantier.
En ce qui concerne la tenue des femmes, elle variait selon les régions, notamment pour la coiffe. Pour le reste, le chemisier tout comme le jupon étaient en chanvre, la robe de laine se portait longue, le corsage était attaché par des lacets ou des agrafes et l’on mettait un ample tablier devant pour éviter de se salir. Quant aux dessous, la culotte était fermée pour les jeunes filles et ouverte pour les épouses. On s’endimanchait les jours de messe, de foire et de fêtes patronales ou familiales, en mettant un châle de coton brodé.

L’alimentation :
L’alimentation quotidienne du Cantalien était simple. La ferme produisait tous les aliments de base et on vivait en autosubsistance. Dans le canton reposait continuellement une marmite en fonte remplie de soupe. Quatre, voire cinq repas scandaient la journée, ils étaient pris dans l’ostau. Le premier était vers cinq heures du matin, la femme réchauffait le bouillon en y ajoutant des légumes du jardin et parfois une tranche de lard. Pour les « neuf heures », du fromage, du beurre, du pain aillé complétaient l’endéjun, le petit déjeuner. Vers midi, on se retrouvait pour despartiner : soupe, lard ou petit salé s’ajoutaient au chou ou pommes de terre, sans oublier le vin. L’homme de la maison se signait, traçait une croix avec son couteau sur le pain et donnait le signal pour que chacun mange. La femme restait debout et servait. Quand il claquait la lame de son couteau, il était temps de repartir au travail. La table était vite débarrassée, on ne perdait pas de temps en bavardage. L’été, on faisait les « quatre heures » avec du fromage et du pain. Une fois les travaux extérieurs achevés, il fallait soigner les animaux et enfin on « soupait » avec un bouillon clair, du pain et du fromage. On ne mangeait pas souvent de lapins, volailles et oeufs, ils étaient plutôt vendus à la foire pour pouvoir acheter du sel, du sucre et du café. Lors de la fête patronale, des jours de moissons, des dimanches, on améliorait la cuisine ordinaire: aligot, truffade, chou farci, potée, pounti, tripoux, bourriols, ...autant de noms qui fleurent bon la cuisine authentique du Cantal.

Les chants, musiques et danses :
Au même titre que les contes et les légendes, les chants, la musique et la danse étaient l’âme du Cantal. Chaque événement marquant de l’existence (naissance, mariage, veillée, foire, battage, ...) donnait lieu à des réjouissances festives.
La véritable âme du Cantalien se retrouvait dans les chants pour les repas de noces. On y parlait de soldats partis à la guerre...de jolies bergères...de fileuses amoureuses... On passait outre les tabous. La majorité des chansons étaient faites pour danser, c’était des airs pleins de vivacité, de gaieté. Le son du moindre instrument de musique était apprécié. Le Cantal était le pays de la cabrette ainsi nommée parce qu’elle se composait d’une sorte d’outre en peau de chèvre. Du chant à la danse il n’y avait qu’un pas: la bourrée, la gigue, la marche, la valse, étaient autant de danses vives. C’était généralement l’occasion pour les hommes de plaire aux femmes. On revêtait alors le costume traditionnel du folklore Cantalien : un costume noir avec un gilet à fleurs, une cravate et un grand chapeau pour les hommes. Les femmes portaient une robe, avec un corset (un babarel), un châle et une coiffe en dentelle.
Selon la légende, on explique ainsi l’origine du babarel : en 1585, la Reine Margot s’exila au château de Carlat. Elle en profita pour séduire les hommes du pays. Un soir qu’elle était en galante compagnie, on lui annonça l’arrivée de notables aurillacois venus lui présenter leur respect. Affolée, elle se rhabilla en toute hâte, et mit son corset à l’envers. Elle se présenta donc à ses hôtes avec un corsage largement échancré et dans lequel elle mit vite quelques fleurs et les pans de son châle pour combler le vide. Tout le monde crut à une nouvelle mode, d’où l’origine du babarel, corset baillant, garni de fleurs, costume traditionnel de la Cantalienne!

Langue et littérature :
Le Cantal est de langue occitane (patois), une langue orale. Le patois est précis au sujet des métiers et de tout ce qui touche aux champs, (outils, objets usuels), il est aussi très riche en verbes d’action. On s’exprime par formules, par des expressions toutes faites, des dictons qu’on se transmet de génération en génération. Il existe différents dialectes et parlers mais cela n’empêche en rien leur compréhension. La difficulté réside plus dans le manque de pratique de la langue française et dans la dévalorisation du statut social du patois ; au point de faire de l’occitan seulement une marque d’identité, voire de repli, et non plus un instrument de communication. D’ailleurs, au début du siècle, seul le français transmettait le savoir et permettait donc l’ascension sociale.
Pourtant l’occitan représente un véritable potentiel linguistique qu’il faut conserver. La perte progressive de l’occitan dans le cantal est un appauvrissement culturel. On sait qu’un enfant bilingue très tôt, peut apprendre facilement d’autres langues. Le Cantal a les atouts pour cela mais il ne les valorise pas réellement, peut-être par manque de conscience de cette richesse. Promouvoir ce potentiel est pourtant essentiel à l’heure de l’ouverture au monde ; en effet, assumer sa culture propre permet de se situer dans un ensemble de plus en plus vaste. A propos de la littérature cantalienne, il faut aussi parler des troubadours comme Arséne Vermenouze, Pierre de Roziers, Louis de Boissy. Tous chantaient cette fameuse langue et ont ainsi maintenu, à travers leur oeuvre, plus de mille ans de traditions. Cette littérature parle à l’instinct. Il faut, pour l’apprécier, croire un peu au destin, aux légendes... C’est une littérature fière de son oralité, de son passé, de son histoire. La parole est le vecteur privilégié de la culture cantalienne, c’est un échange authentique et non virtuel.

Des saints et des lieux miraculeux :
Les Cantaliens vouaient une très grande vénération aux saints, leur enracinement chrétien était très présent et le respect des traditions religieuses était enseigné par la famille. Qu’il faille invoquer la météo pour protéger sa maison ou ses terres, qu’il faille guérir ses proches ou ses bêtes, les prières, les invocations, les pèlerinages étaient de rigueur, même si c’était du paganisme !
L’image des saints se retrouvait tout aussi bien dans les églises, qu’au bord des routes ou dans les maisons. Les plus populaires de notre département étaient Saint-Mary et Saint-Géraud.
Comme on peut le constater, beaucoup de superstitions entouraient la foi des Cantaliens qui se réunissaient, tous les dimanches, à la messe. Les sanctuaires (fontaines, cloches, croix, statues, ..) étaient très fréquentés dans le département. Le Cantalien trouvait là le moyen de satisfaire ses croyances ancestrales. Il croyait en général à l’existence de certains génies qui habitaient le bord des fontaines. Pour guérir des maladies de la peau, il fallait se rendre à la fontaine d’Allanche. Pour les nourrices ne pouvant plus allaiter, il fallait aller à la source de Sainte Font de Montsalvy... Parmi les pratiques, tant magiques que religieuses, il en est, encore aujourd’hui, qui attirent la foule, lors de fêtes ou de pèlerinages. La dévotion à la Vierge est la plus intense. Plusieurs saints sont vénérés dans les villages : Saint Laurent pour les douleurs dentaires, Saint Jean-Baptiste pour les nouveau-nés...

Des êtres fabuleux :
Le Cantal était peuplé d’êtres maléfiques, farceurs ou porte-bonheur, qui hantaient nos mémoires. Mais le Cantalien ne craignait rien et il comptait sur l’aide de Dieu. Quand l’hiver la neige tourbillonnait, les familles se réunissaient pour de longues veillées autour d’un feu au canton et racontaient des « peurs », des histoires fabuleuses, des légendes locales, des énigmes...
La « peur » la plus connue était bien-sûr, le Diable (le rapatou) et son jeu préféré était la farce, mais elle était parfois de mauvais goût. C’était lui qui détachait les bœufs en pleine nuit, qui faisait courir et transpirer les juments, qui nouait les queues des veaux entre eux. On savait aussi qu’il pouvait se métamorphoser (agneau, cheval...).Quand la mort frappait une maison, il n’hésitait pas à venir souffler dans la cheminée.
Homme ou femme la journée, bête monstrueuse la nuit, les loups-garous peuplaient l’imaginaire cantalien. Les fées et les demoiselles se partageaient la vedette avec le Diable, elles prenaient diverses formes et elles se lançaient dans des danses envoûtantes, à en perdre la raison. Toutes ces histoires de Diable, de sorcières, de loups-garous...renaissent à Aurillac, tous les ans, pendant une semaine, lors des Rapatonadas.

Les coutumes :
Les coutumes rythmaient le calendrier. Moments festifs par excellence, ces journées rompaient avec la monotonie et étaient des occasions de rencontres et de cérémonies. Les moments de détente, de fête et de prière n’étaient que de courts instants dans une vie essentiellement vouée au labeur.


Les travaux étaient rythmés par les saisons, les observations du ciel, du vent et par le respect du calendrier agricole, « l’almanach du fermier », fruit de longs rapports ancestraux avec la terre. Les hommes et les bêtes vivaient très proches les uns des autres.

La vie quotidienne était aussi rythmée par le calendrier religieux où nombre d’événements étaient marqués: le Nouvel An, la chandeleur et ses crêpes, le Carême, le temps pascal avec son carnaval et enfin les chalendes en décembre, la fête de Noël.
Pendant les accordailles, les parents se rencontraient et parlaient de la dot. Le beau-père observait la qualité du cheptel, la quantité des victuailles suspendues au plafond. Pour les fiançailles et le mariage, la garde des troupeaux, les fêtes patronales, les feux de la Saint Jean, les foires, les bals, les veillées étaient autant de moments qui favorisaient les rencontres. Si la femme consentait à ce que l’homme lui dénouât le cordon du tablier, elle lui faisait comprendre qu’elle voulait bien l’épouser.
Comme le cycle de l’an, le cycle de la vie n’était qu’un éternel recommencement. La naissance, le mariage, la procréation et la mort avaient de nombreux rites païens mais aussi religieux. Par exemple, avant d’accoucher, les aurillacoises se devaient d’avoir un sachet accoucheur renfermant des reliques.
Enfin, il existait des signes annonciateurs de la mort: une chouette qui hululait, des braises qui s’éteignaient subitement... Dès qu’une personne décédait, l’aîné de la maison portait un bout de crêpe noir à l’étable. On enlevait les cloches des vaches, les miroirs étaient cachés, l’horloge était arrêtée car il ne fallait pas que l’âme se voit avant de gagner le ciel.

Certes les ancrages locaux sont encore présents, mais ce sont désormais de véritables atouts culturels capables de promouvoir notre département avec un retour des traditions, des savoir-faire ( la fête des labours, de la moisson, du pain, de la châtaigne, ..., le buron de la vache salers...). Le Cantal, riche de son passé, doit faire en sorte aujourd’hui que survive cet héritage fondamental de son histoire.

UN PEU DE GÉOGRAPHIE…

A mi-chemin de l’Allemagne et de l’Espagne, le Cantal est situé au cœur même de la France et fait partie de la région Auvergne. Cette dernière est constituée de 4 départements : l’Allier, le Cantal, la Haute Loire et le Puy de Dôme. Par ailleurs, le Cantal a six départements limitrophes : l’Aveyron, la Corrèze, la Haute Loire, le Lot, la Lozère et le Puy de Dôme. Le Cantal offre de magnifiques espaces naturels façonnés par les volcans et les glaciers.

L’altitude moyenne du département est de 710m avec le Plomb de Cantal (1855m) comme point culminant et la vallée du Lot (210m) comme point le plus bas. Un tiers de sa superficie est au-dessus de 1000mètres. Le Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne s’étend sur 177229ha dans le Cantal répartis sur 67 communes.

UN PEU DE GÉOLOGIE…

Le volcan cantalien est un gigantesque édifice de plus de 70kilomètres de diamètre, le plus grand d’Europe. Il définit ce que l’on appelle un strato-volcan. Il s’est construit schématiquement en trois grandes phases successives entrecoupées de longues périodes de repos et de rémission au cours desquelles s’activait l’érosion et se développaient des formations végétales diverses et variables en fonction des pulsations climatiques.
Ainsi il y a quelque 22 millions d’années le Cantal était un immense lac de lave liquide avec de faibles éruptions. Après de très longues périodes de refroidissement, un réservoir de magma souterrain s’est formé ( -9 millions d’années ), et a provoqué un affaissement et des éruptions. Le strato-volcan du Cantal était né (-7 millions d’années), et on pense qu’à l’époque, son altitude dépassait les 3000m. Le caractère explosif des éruptions d’un magma pâteux a fait l’ébauche du paysage actuel, le cœur du massif, Le Puy Mary et le Puy Griou en particulier en sont les vestiges. Les coulées plus fluides sont en fait devenues les plateaux actuels, l’érosion ayant entaillé autour d’elles les roches plus tendres depuis 5,5 millions d’années.
Avec les différentes périodes de refroidissement, puis de réchauffement (il y a 12000 ans seulement), les glaciers ont laissé place aux vallées en U, rayonnant dans toutes les directions autour du massif. De plus, la flore s’est adaptée, donnant au vieux strato-volcan son visage actuel.
Par la suite, l’empilement de coulées fluides a donné naissance à des plateaux d’horizons tranquilles et à des vues lointaines. Puis l’ensemble des reliefs cantaliens a subi l’action érosive des glaces, de l’eau et du gel. Tout le Cantal est fortement marqué par des traits généraux de moyenne montagne qui conditionnent, à la fois les paysages, le climat, la végétation et encore la circulation.
On note deux éléments essentiels du relief cantalien :
Une partie volcanique toute en bosse.
Une partie cristalline souvent en creux. Celle-ci déploie des plateaux incisés par de denses cours d’eau hiérarchisés, rejoignant les vallées de la Dordogne au Nord, à l’Ouest et au Sud Ouest, et de la Truyère au Sud-est et au Sud.
Le massif volcanique est 4 fois plus étendu que les Monts Dore et dépasse la surface de l’Etna.

 

Il se décompose en 3 éléments :

Des sommets aux formes variées :
Sur un espace étroit de 6 Km de diamètre à peine, sont rassemblés les principaux sommets du massif volcanique façonnés de différentes manières :
- en pyramide à 4 pans avec le Puy Mary.
- en cône avec le Puy Griou.
- en galette aplatie avec le Puy de la Tourte, Peyre Arse, le Plomb du Cantal.
- en selle avec l’Elancèze et Chavaroche.
Les échines qui les joignent sont souvent étroites et presque toujours au-dessus de 1500 m, laissant naître entre elles des cols élevés comme le col de Cabre (1588m) ou le col de Fond de Cère (1289m).

D’amples planèzes, plateaux et serres ( petits plateaux limités par deux vallées parallèles ).
Les plateaux, sur les ¾ de la circonférence, sont amples. Ce sont grossièrement des triangles réguliers, appelés planèzes. A l’est les planèzes de Saint-Flour, Pierrefort et Lacapelle Barrès ; au nord la planèze de Chalinargues qui se fond dans le Cézalier ; entre Santoire et Rhue la planèze ou plateau du Limon et enfin la planèze de Trizac. Plus à l’ouest s’étend la planèze de Mauriac, tandis qu’au sud les vallées plus rapprochées forment des serres comme en Châtaigneraie.

Les vallées rayonnantes :
Après avoir traversé la zone volcanique, les rivières s’encaissent dans des vallées étroites en torrents. Certaines, comme la Cère et la Jordanne, dans le bassin d’Aurillac ou le Célé et la Rance dans celui de Maurs, forment momentanément des méandres.
Les gorges peuvent être très encaissées et vigoureuses comme sur la Truyère et son affluent le Bès ; sur la Dordogne pendant 80km, la Maronne en aval de Saint Martin Valmeroux ou la Cère en aval de Laroquebrou. Depuis une génération, des barrages hydroélectriques ont quelque peu estompé le caractère sauvage de ces vallées.

LES TRAITS CLIMATIQUES

Le climat est un autre aspect très contraignant de la vie des hommes et ce, plus encore dans le passé qu’aujourd’hui. Le climat est un élément important de diversification avec l’altitude, la situation et l’orientation. Ainsi il pleut pratiquement 2 fois moins à Massiac qu’à Saint Jacques Des Blats.
En ce qui concerne l’altitude, une élévation de moins de 200m entraîne une baisse des températures moyennes annuelles de 1°c. Mais les amplitudes peuvent être plus flagrantes en hiver entre les crêtes exposées et le fond des vallées. Une élévation de 100m réduit la durée végétative d’une semaine.
Par contre, Aurillac, par son altitude, est plus ensoleillée que Toulouse.

Le Cantal est le lieu d’affrontement de 3 influences :
- atlantique ( on compare souvent le climat des montagnes Cantaliennes à l’Ecosse).
- semi-continentale.
- méditerranéenne.

LA FAUNE ET LA FLORE

La flore du département est très riche et variée.
On compte 4 zones végétatives essentielles :
- une zone à affinités méridionales
- un étage subalpin
- les tourbières
- les étages forestiers.
De ces différents étages on peut tirer une énorme richesse botanique, une grande quantité d’espèces de fleurs et de plantes et les spécialistes, une fois les dernières neiges fondues, s’en donneront à cœur joie. Ainsi on pourra trouver des espèces méridionales et alpines sur une variation d’altitude relativement faible.
La faune offre le même éventail d’espèces que la flore et juxtapose des animaux des zones méridionales à ceux des zones boréales et aux espèces de la zone atlantique tempérée..
Son étude sur le terrain est plus délicate que celle de la flore, il faut donc l’instinct, les ruses et la patience du trappeur.
Si l’ampleur de la faune est loin d’égaler celle de la flore, des lieux particuliers du Cantal comme le Pas de Peyrol, les Cols de Cabre, de Prat de Bouc,…sont des hauts lieux de migration d’une foule d’oiseaux et d’espèces animales. De plus, depuis une trentaine d’années, certaines espèces ont été introduites avec succès comme le chamois, le mouflon ou la marmotte.

Le Cantal offre une telle diversité de paysages sur une relativement faible étendue qu’il est facile de se « télé porter » dans les contrées lointaines. Ainsi, suivant les saisons, nos forêts, avec des ours, ne ressembleraient-t-elles pas à celles du Canada ? Nos plateaux, avec des zèbres, à la steppe Africaine ? Nos montagnes, avec la mer à Mandailles, à l’Irlande ? Nos sommets glacés à certaines faces nord Alpines ?
Le relief et le climat ont influencé le caractère de la société cantalienne. Pourtant malgré l’exode rural et de fortes générations d’émigrants, les autochtones s’accordent à dire que le Cantal offre un cadre de vie exceptionnel.

UNE AGRICULTURE DOMINANTE

Le Cantal est un département essentiellement herbager et forestier, réparti en 360 000 hectares de surfaces fourragères et 152 000 hectares de forêts, sur une superficie départementale globale de 577 700 hectares.
La S.A.U. est de 378 000 hectares dont 94% sont constitués de surfaces en herbe.
Cette vocation, comme nous avons pu le décrire précédemment, lui est imposée par les conditions naturelles de milieu géographique, géologique, topographique et climatique particulières.

Ainsi l’agriculture demeure la principale activité de l’économie Cantalienne. Cette dernière représente 30% des ressources économiques du département, contre 8% en moyenne en France.

Cependant le recensement de l’agriculture en 2001 (enquête réalisée entre octobre 2000 et février 2001) fait apparaître qu’une exploitation sur 4 a disparu depuis 10 ans. Les superficies libérées ont été reprises soit pour l’installation, soit pour l’agrandissement.
On compte 6 650 exploitations dont 1/5 sont sous forme de G.A.E.C. ou E.A.R.L., 5 500 correspondent à un emploi à temps complet.
Les exploitations sont de plus en plus performantes, elles disposent de moyens et d’outils qui permettent d’accroître leur productivité. Le niveau de formation professionnelle progresse, un exploitant sur deux a suivi une formation au minimum de niveau secondaire, (depuis 1988, la superficie agricole du Cantal s’est seulement réduite de 14 000 hectares).
Avec 22 000 personnes, les agriculteurs et leur famille représentent 15% de la population totale du Cantal. 13 300 personnes travaillent dans le secteur agricole. En janvier 2000, celui-ci comptait 19,42% des actifs du département, mais seulement 2% de l’emploi salarié.
De plus, on assiste à un rajeunissement des chefs d’exploitation. En 2000, l’âge moyen est de 46 ans et la profession se féminise (1 femme sur 5 est actuellement exploitante).
Cependant l’avenir s’assombrit, et ce, à moyen terme, en raison de la baisse du nombre d’enfants présents dans les familles d’agriculteurs.

L’agriculture du Cantal privilégie la qualité et dispose de 5 complexes essentiels :
- un laboratoire d’analyse laitière : LIAL
- un laboratoire de recherche fromagère : INRA
- une école nationale : ENILV
- un pôle A.O.C. Massif Central, regroupant les syndicats de fromages A.O.C, les laboratoires et les entreprises de transformation.
- un pôle viande en cours de modernisation.

Les principales activités découlent de la production laitière et de l’élevage :
- 44% lait
- 39% gros bovins
- 8% veaux
- 3% porcins
- 5% autres animaux

Seulement 1% de l’activité agricole s’oriente vers la production végétale.